par lesyre » 19 Août 2006 à 01:13
Cher maxime,
c'est le 1er message que je poste sur ce site bien que je tourne autour depuis pas mal de temps.
J'ai 30 passés et je bégaie depuis l'enfance, avec des hauts et des bas et des très bas ces dernières années. Tout est passé dans ma tête et sous mes yeux, lectures, témoignage, observations, motivations, sur-motivations, hygiène de vie même ou bien l'inverse, enfin tout ce qui de près ou de loin pourrait abattre ce mur en béton armé qui m'épuise depuis tant d'années.
A force de tout mettre à plat continuellement j'ai tt de même fini par dégager quelque chose que je retrouvai ds pas mal de publications: Le rôle de l'anxiété sociale dans mon bégaiement. Que même lorsque je ne bégayais pas j'avais cette boule dans la gorge, cette angoisse à être parmis les autres qui me conduisaient souvent à ne pas me comporter comme qui je suis réellement, à me dévaloriser, à être à côté de la plaque (par rapport à moi), à essayer de maintenir ma personnalité mais avec tant d'efforts, ou bien à en faire des tonnes et à en sortir crevé.
Moi qu'on décrit souvent comme étant à l'aise socialement, j'ai tellement construit de faux semblants de mini-plans de fuite en cas de panique, de personnes à éviter de situations à ne pas vivre! Je me figure encore comme un beau parleur (qd j'y arrive) aux chevilles en brindilles.
j'en ai tellement eu marre ces derniers temps, mais au point de m'en taper la tête (réellement ) contre les murs des chiottes (par exemple) ou je me réfugiais après chaque échec social ( bégaiement, voire paralysie totale de la parole, panique) que j'ai pris mon courage à 2 mains j'ai appelé une psychologue, qui bosse en PNL.
Après une première scéance où on a commencé à se connaitre, et où déjà(!), j'ai vu poindre qques déceptions - du genre lieux communs de psy qu'elle me sortait -, mais qui s'était déjà axée sur les objectifs et les attentes ( l'objectif étant ce que l'on veut, par exemple dire une phrase à untel; l'attente étant ce qu'on attend de cette situation, pour son estime de soi entre autres), j'ai ensuite enchainé sur une deuxième où je devais venir avec une autobiographie, afin de mieux me cerner.
Je dois t'avouer qu'entre ces deux, j'esperai qd même (un petit peu!) que mon bégaiement et mes angoisses diminuent, même si je devais attendre que ça se mette en place, et blabla..
Bref, la deuxième scéance fut assez active, je racontai tout et ce, avec bcp d'émotions, je me rendais compte que même devant "ma" psy, je bégayais encore, bordel! Enfin bon j'arrivai tant bien que mal à bon port, et j'en fut quitte pour la 3ème, il y a de cela qques jours.
Cela commença direct. Moi qui était venu dés la 1ère scéance sans évoquer le bégaiement (eh oui, j'étais venu pour ça mais j'en n'avais pas parlé, j'avais même caché ça à la personne qui devait m'aider), j'arrivai de suite en balançant mon mal.
Je lui dis que je n'en pouvais plus de mes angoisses que ma vie éclosait et se fanait chaque jour entre mon réveil plein d'espoir et le monde à aller voir que j'étais fatigué fatigué que je tremblais de + en + depuis des années que mes machoires se crispaient tellement que certaines situations sociales n'étaient meme plus vivables, et que OUI JE BEGAYE et que je n'en pouvais plus!!!
la psychologue, après un temps, me fit revivre une situation d'angoisse sociale, un de ces moments, où on est tranquille avec soi meme et puis voila un mec qui se pose devant vous e tqui d'un coup vous fait perdre tout. Comme s'il vous aspirait toute l'energie. Y'a deux minutes on etait bien. 5 mn plus tard on en peut plus. Bref une situation ou j'ai paniqué, bégayé à en imploser, puis me suis presque enfui pour m'enerver tt seul.
Elle me fait revivre ça tt simplement sans musique new age ni rideau violet ni encens.
Non tout juste ds son petit cabinet, assise sur un fauteuil en face de moi, en silence, en me rappelant que je dois prendre le temps de revivre ça émotionnellement. Je prends donc mon temps.
J'ai du mal. J'avoue que j'ai du mal, surtout parce qu'elle est en face de moi. Mais finalement sa présence se révèle plutôt stimulante au bout d'un moment qu'embarassante : J'avais déjà fais ça tt seul chez moi, mais je m'étais tjrs arrangé pour passer à autre chose juste après ou en cours, peut-être parce que ça m'énervait trop. Mais là il faut bien y passer. Enfin bon , on en parle un peu..Ses réponses au début me semblent trop simplettes, trop téléphonées... "Vous croyez vraiment qu'il vous regarde comme ça?" etc...
Et puis, sentant peut-etre qu'on va finir par tourner en rond, parce que je ramène tout aux mots et pas aux emotions, elle me designe son cabinet , du mur à la fenetre et m'explique un exercice que je vais effectuer. C'est une ligne de temps. Dedans il ya tout le présent le passé l'avenir.
Je vais me mettre dessus, à partir d'un endroit de la ligne que je qualifierai de "présent" puis je redescendrai ds le passé. Mais je dois avant tout m'accrocher à une chose : l'émotion ressentie juste avant. Qui sera le symbole de mon angoisse sociale et, à fortiori, de mon bégaiement.
ça m'a l'air un peu compliqué de prime abord. Je dois si j'ai tt compris retrouver des "moments" assez chargés emotionnellements de mon passé tout en tenant le fil de mon angoisse, oula!
Enfin bon, on n'est pas trop con non plus, je me concentre qques temps, je décide de me relâcher un peu, surtout qu'elle est assez bienveillante. Et je commence.
Je te passe les détails, assez intimes, de mon passé. Je te dirai juste que ce qui sort n'a pas forcément grand chose à voir avec mon bégaiement.
Des bribes de vie, de collège de vie de famille de ma mere. j'ai parfois du mal. Parce que je me dis ds mon coin, tt en essayant de rester concentré, mais qu'est-ce que je fous là?! Je vais inventer des trucs et elle continuera à dire oui...oui... ? Je pense furtivement à une nouvelle de Vincent Ravalec où il assiste à un truc de ce genre. Je me dis que c'est foireux tt ça, mais je décide d'essayer de continuer.
Et puis j'ai 4 ans et puis je recule encore un bon pas à 3 ans. J'essaye d'avoir un souvenir. Je vois rien. Je me rappelle juste des photos de moi alors j'essaye de les mettre ds ma tete. MAis depuis tt à l'heure elle me dit faites uniquement appel à vos émotions faites confiance à votre inconscient.
Ouais inconscient, inconscient facile à dire je vois que dalle j'ai juste la tete qui me tire je me dis, j'ai la machoire qui se crispe comme au debut mais j'ose pas en parler c'est tout nase comme idée, si ça se trouve c'est ma grande soeur qd j'avais 3 ans qui m'a tiré la tête et qui m'a secoué et que ça m'a traumatisé et voilà où j'en suis maintenant ( c'est fou tt ce qu'on peut se dire en peu de temps non?), donc je reste tout seul debout comme un idiot et puis là j'entends la voix de la psy qui me dit : "N'ayez pas peur de dire ce que vous ressentez maintenant, exprimez le".
Alors je lui dit ma tete qu'on tire là. . Alors elle me dit, vous etes sûr que vous êtes à vos 3 ans? Laissez vous faire, allez y! (je crois qu'elle m'a dit ça je sais plus trop).
Je sais plus trop parce qu'à ce moment là!! J'ai bien cru que j'allais suffoquer, ouais ben donc t'as compris, j'ai tout laché en haletant, j'ai bavé sur son lino, j'ai crié je crois, j'ai surtout pleuré pleuré je sais plus combioen de temps, à mon avis ds les 30 40 secondes, et j'ai fini à genoux et puis par terre haletant, vidé.
Le reste de la scéance c'était assez personnel, j'ai repris contact avec ma mère de ce moment là pour qu'elle m'accueille. Il s'avérait seulement que ma mère ayant enfanté des jumeaux avait eu une anesthésie generale pour moi (le second, avec les forceps) que personne m'avait vraiment accueilli( mon pere etait pas là) et que ma mere s'etait amusé (sans méchanceté) pdt toute ma jeunesse à me dire "ah ah t'es peut etre pas de moi vu qu'on t'as mis sur mon ventre avant que je mme réveille". En tout cas je te passe encore les détails de ma vie, déjà que je suis bavard, mais depuis ce jour, il y a donc 5 jours, je me sens enfin pour la 1ère fois de ma vie, bien Là. Je suis pas un fantome. J'ai pas à me justifier de qui je suis. je suis vivant, j'ai pas à quémander à la société qu'elle m'accueille je suis déjà accueilli. Ce ne sont plus les autres qui quotidiennement décident de si OUI ou NON je peux exister ou pas, tu comprends?
En fait c'est assez neuf tout ça , et peut etre assez impudique. Mais je me sens tellement libéré. Ouais depuis j'ai eu une ou deux angoisses sociales. MAis tous comptes faits, sans etre passé par là, à ce niveau j'en aurais déjà eu une bonne douzaine. Disons que j'essaie de ne pas tout melanger. Le trac, l'excitation c'est pas de l'angoisse sociale. Et dejà, depuis ces qques jours, tous ces gens à qui je parle couramment, mon gardien, le buraliste, et puis les autres, aucun ne m'a entendu begayer! J'ai même vécu deux moments chauds( pour moi chaud c'est juste ne pas etre d'accord avec qqun, meme de ma famillen, meme un ami) et j'ai pu tt sortir sans peine. Simplement parce que je me sens bien Là. On me dira ce qu'on veut je peux plus disparaitre , je suis né! Je pourrais en ecrire des tartines, mais c'était juste un témoignage tt frais de ce que j'ai vécu il y a peu.
Et le pire ds tout ça, parce qu'evidemment ça m'a choqué cette histoire, alors j'ai trainé mes guêtres sur google, avec des intitulés style "naissance revecu psy" je suis tombé sur le "Rebirthing", mais là je t'avoue que j'ai pas tt compris, parce que ça à l'air d'etre constant le revécu de la naissance. Enfin moi je savais meme pas que ça existait, je t'assure, et parfois je me dis mais bordel, c'est fou, cette histoire parce que ce moment là c'etait pas du chiqué pour faire plaisir ou alors pour me dire que je paye pas pour des nefles.
C'était tellement violent que d'instinc je ne m'y serais pas aventuré si j'avais su! Mais enfin on en sort indemne. Et après ttes ces émotions, je vous dirai plus tard ds le mois si cet état euphorique (dont j'ai appris à me méfier dans ma vie de bègue) perdurera.
Un derniert mot, j'ai bien conscience que chacun à son histoire qui l'a mené au bégaiement, je lisais y a qqes mois une phrase d'un ortophoniste je crois qui disais : on vient parfois au bégaiement parce qu'on n'a pas pu faire autrement. J'aime bien cette formule. Alors chacun doit réussir à débroussailler son être pour retrouver la racine de cette si grande tristesse qui nous fatigue tellement. Bon cette fois j'arrete , à un de ces posts peut etre . CIAO!