La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

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La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Cédric » 24 Avril 2011 à 11:30

En écho au dernier self-help parisien en date, voici jointe en format PDF, une version provisoire de la Pyramide du Bégaiement du Docteur le Huche, avec son autorisation.

Il ne demande qu'à recueillir vos avis et vos critiques, tout ce qui pourra lui permettre de l'améliorer :)
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Patrick_G » 24 Avril 2011 à 12:43

Je ne comprends pas trop le rapport à l'altérité (et "perte de l'ancrage prioritaire" = ?).

La définition du bégaiement comme "effort dramatique pour parler quand même" est extrêmement pertinente.

Idem pour "l'inversion du réflexe normal de décontraction", très bien vu. :)
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar disconnexion29 » 24 Avril 2011 à 13:55

Merci Cédric pour le doc !
L'altérité = ce qui est autre que soi. L'ancrage prioritaire, c'est une référence à l'OREV, sans doute...
'vais lire tout ça avec attention.
Sympa, le montage en kit, moi j'aime bien. Ca change.

Téléchargée, découpé, collée, mon avis est un peu long à mettre ici, je viens dele poster sur mon blog.
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Patrick_G » 25 Avril 2011 à 13:01

Effectivement, la pyramide pourrait être plus pédagogique en explicitant bien ses termes, de manière à être directement compréhensible par tous.

Je viens de regarder ce que c'est que l'OREV, c'est intéressant. On débouche sur une théorie de la communication. Il y aurait un article sur ce concept ?
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar disconnexion29 » 25 Avril 2011 à 13:32

Patrick_G a écrit:Il y aurait un article sur ce concept ?

J'ai pas trouvé grand-chose...faudrait voir sur le site de l'APB, et dans les ouvrages du Dr Le Huche et de son épouse, qui ont apparemment développé conjointement le concept.
Mais j'aimerais bien trouver un article détaillé. Sur la pyramide, j'ai eu l'impression qu'il avait disséminé des élements de l'OREV (lésions de la relation d'altérité)

Je suis en train de la regarder. Ca m'énerve, pourquoi ils ont fichu une phrase sous la pyramide ? :ymdevil:
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Patrick_G » 25 Avril 2011 à 13:48

Pour les curieux :))

Sinon, j'ai trouvé ça sur l'OREV (cliquez pour agrandir) :

Image

(La voix. Anatomie et physiologie des organes de la voix et de la parole, François Le Huche et André Allali)
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar festeve » 25 Avril 2011 à 15:28

L'OREV ,en Créole lo rev=le rêve,serait le lien à la fois affectif et intellectuel qui, au cours d'un échange verbal,relierait:
1)les interlocuteurs entre eux.
2)chaque interlocuteur à son propre discours.
3)chaque phase du discours à la précédente ainsi qu'à la suivante(chaîne parlée)
Le tout collaborant à la recherche d'une cohérence indispensable à la garantie de la persuasion et du succés de l'implication.
Passons à la pyramide de laquelle de nombreux siècles d'impuissance à guérir le bégaiement nous contemplent.........

La pyramide est agréable à regarder ,aucune lésion dans la visualialisation proprement dite ni dans la représentation mentale de l'objet n'est à déplorer.(loll) Découpée et recollée ,elle est apte à figurer sur le bureau du spécialiste ou du bègue qui se croit tel;(loll)on pourrait même en faire la distribution ,le jour, en octobre ,je crois ,où on fait semblant de se préoccuper du bégaiement.(reloll)
Il ya tout de même quelques légers défauts ,à mon goût,d'ignorant.
Quelle est sa destination? quel public vise t elle? qu'apporte t elle de nouveau? Le lien entre le sommet et la quasi totalité des étages immédiatement inférieurs (à l'exception d'un seul)ne me parait pas évident?L'interférence de l'Anglais dans notre langue française imposera bientôt de redéfinir le sens de "dramatique".
Un bon point cependant,j'ai cru lire le mot tant récrié de "handicap ",adjectivé ,je vous l'accorde ,sur l'une des faces de la pyramide du haut de laquelle des siécles de non guérison du bégaiement nous contemplent....
J'attends avec impatience la création d'une pyramide inversée et superposable dont chacune des faces annoncerait un traitement adapté au tri minutieux précédemment effectué.
Dernière édition par Cédric le 25 Avril 2011 à 16:27, édité 1 fois au total.
Raison: Regroupement de 2 messages postés à courte intervalle sans autre contribution
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Patrick_G » 25 Avril 2011 à 17:36

festeve a écrit:Passons à la pyramide de laquelle de nombreux siècles d'impuissance à guérir le bégaiement nous contemplent.........

on pourrait même en faire la distribution ,le jour, en octobre ,je crois ,où on fait semblant de se préoccuper du bégaiement.(reloll)


Festeve, je suis en désaccord avec un aspect de ta vision des choses que l'on retrouve régulièrement dans tes interventions.

Tu ne peux pas attendre que la pyramide de la guérison tombe du ciel, toute faite, à tes pieds. Tout se construit. Déconstruire le bégaiement, en l'occurence, demande forcément du temps, du travail, de la réflexion.

Il faut concevoir la résolution comme un processus, et non comme un statut imaginaire et fantasmé. On est obligé d'adopter une attitude d'ouverture pour se permettre d'accumuler les pistes et les solutions, et ainsi avancer toujours un petit peu plus.

Critiquer systématiquement tout apport, sous prétexte qu'il ne résout pas le problème généralisé du bégaiement en un clic, c'est, effectivement, planter la tente en bas de la pyramide pour ne jamais commencer l'ascension qui t'attend.
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar festeve » 25 Avril 2011 à 18:38

Alors continuons de répertorier,de trier,d'assommer les gens intéréssés d'un indigeste vocable doctoral et ,ainsi chrétiennement persuadés que la guérison compte moins que le chemin caillouteux qui y conduit,nous risquons alors ,vraiment ,de rester au pied de la pyramide ,dans la tente ,dans l'attente d'hypothétiques jours meilleurs.
Je te remercie pour avoir remarqué que mes propos sont empreints de régularité.Une rose des sables ,en quelque sorte...C'est devenu assez rare par les temps qui courent.
En effet,mon souhait c'est que les cerveaux éclairés de nos experts puissent un jour prochain dessiner sur le sable du désert le V de la victoire face à un Sirocco dont personne ne semble se résoudre à évaluer les dégâts.même pas ceux d'entre nous,dont je prétends être ,qui aboient au passage de la caravane de l'insuccés ,qui, s'étant attardée,se pavane,à l'ombre des pyramides, loin de l'oasis.
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Patrick_G » 25 Avril 2011 à 20:21

Et je te suis à 100% dans ta démarche ! Mais, à mon avis, ton pessimisme tue tout embryon de progression.
Il faut être pragmatique.

ainsi chrétiennement persuadés que la guérison compte moins que le chemin caillouteux qui y conduit,


1) Il y a un long chemin "caillouteux" pour se sortir de son bégaiement, c'est une évidence. On ne peut pas sauter le chemin pour arrêter de bégayer comme par magie, mais on peut chercher à faciliter son parcours au maximum possible. C'est l'objectif de tout thérapeute, si je ne me trompe pas.
Croire que quelqu'un ou quelque chose va tracer le V de la victoire à notre place, c'est, à mon sens, avoir mal compris le problème du bégaiement. Si le Dr Le Huche en vient à fabriquer une pyramide pour essayer de le définir, c'est qu'il doit être un minimum complexe :)

2) Je m'explique : le bégaiement a une influence sur le développement de la personne bègue (c'est, là encore, une évidence). La vision du monde d'un individu, étroitement imbriquée à l'estime de soi, n'est pas fixe et inée, mais serait le produit d'un processus comparable à celui de l'OREV, qui fonctionne par ajustements et réajustements permanents.

Guérir, cela siginifie donc réduire/supprimer le bégaiement, et changer la vision du monde/l'estime de la personne bègue. Les deux sont absolument indissociables : c'est en bégayant moins que je me sentirais mieux, et c'est en me sentant mieux que je bégaierais moins. C'est cette circularité qui me permet d'avancer.

3) Il n'y a donc pas de possibilité de (se) fuir. Le bégaiement, problème physique qui touche au psychique, est une affaire strictement personnelle. Le problème est en soi, et sa résolution ne peut que venir de soi.
On ne peut pas parler de "handicap" à proprement parler : le bègue n'est pas muet, il peut se contrôler. Le rôle du thérapeute serait alors de lui donner les outils pour y parvenir, tout en le suivant pour l'aider à progresser à son rythme. Si on n'a pas de thérapeute, la solution devient de chercher ces outils, de poser ses balises, soi-même.

Conclusion : étant donné le trajet à accomplir, autant s'y mettre dès maintenant. Dès lors, tout apport peut devenir indice, aide, astuce, piste pour poursuivre son chemin, rebondir et se relancer. La première solution du bégaiement, l'élan vers la victoire, c'est déjà l'attitude d'ouverture.
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Cédric » 26 Avril 2011 à 00:10

D'accord avec Patrick à la nuance près du handicap, mais c'est aussi un autre débat.

Olivier alias Disconnexion29 a publié un article à propos de cette pyramide sur son Iceberg. N'hésitez pas à y jeter un coup d'oeil.
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Alexandre » 2 Mai 2011 à 09:17

Merci pour cette pyramide !

Mais je reste un peu dubitatif devant l'objet. Il doit certainement servir à illustrer une théorie expliquée dans un livre de François Le Huche, mais sans les explications, je ne sais quoi penser de cela. En tout cas, cette pyramide n'est pas immédiatement "digeste" comme peut l'être l'iceberg du bégaiement de Sheehan.

Sinon, l'idée de la représentation sous la forme d'une pyramide, c'est génial !
Rejoignez la PdB team pour faire avancer la recherche scientifique !
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Alexandre » 18 Mai 2011 à 13:53

Suite à vos commentaires, j'ai demandé au Dr François Le Huche s'il avait un texte descriptif-explicatif, et effectivement, ce texte existe bien (en cours de rédaction plus précisément ; il manque le dernier chapitre) - il m'a d'ailleurs précisé qu'il fallait prendre connaissance de la pyramide avec le texte qui suit. Il m'autorise à vous en faire part.


----------------------

La pyramide-iceberg du bégaiement
(François le Huche)

L’application au bégaiement dans les années 70, de la métaphore de l’iceberg est due à J.Sheehan grand spécialiste américain de ce trouble. Elle met en avant l’idée que le bégaiement ne se résume pas à sa partie visible et qu’il en comporte une autre, invisible et beaucoup plus importante, comme c’est le cas pour l’iceberg dont la plus grande partie, immergée, reste dissimulée sous la surface de la mer.

La pyramide-iceberg du bégaiement ici proposée est un objet en trois dimensions à construire par pliage à partir d'un graphique. Sur ses quatre faces sont présentés sauf omission à signaler, tous les éléments constitutifs connus du bégaiement, les visibles dans la pointe de la pyramide, les invisibles dans le corps de celle-ci, partie immergée de l'iceberg. Cette présentation permet d'avoir une vue d'ensemble du bégaiement en général, en notant bien que l'importance relative des divers éléments figurés diffère grandement selon chaque personne bègue.
Á partir de là, toutes les discussions peuvent s’ouvrir sur l’origine du bégaiement sans doute, mais aussi et surtout sur la manière de mieux le faire connaître, de mieux le vivre, de mieux le traiter, de mieux le prévenir.

Partie émergée

Dans notre pyramide la partie supérieure – de couleur violette – correspond naturellement à la partie émergée de l’iceberg. Elle présente deux strates superposées :
La première strate occupe la pointe, et on y trouve les divers éléments qui caractérisent la parole bègue telle qu’elle se présente à l’observateur. Certains de ces éléments sont bien connus, comme les répétitions de syllabes que leur caractère insistant permet de distinguer des éventuels bégayages de la parole normale. Bien connus encore sont les blocages et les inhibitions, interrompant complètement la parole pendant quelques secondes. Pour les mots d’appui, encore appelés remplisseurs, il s’agit de petits mots ou de courtes expressions (bon, mais, et puis…) sans rapport avec le sens de la phrase et qui sont posés là dans le discours, comme des pierres de gué pour traverser la rivière à sec. Quant à la déstructuration articulatoire, il s’agit du résultat de certaines perturbations particulières de la mécanique de la parole se traduisant par exemple, par des étirements de sons, ou ce dont on parle moins, par la perte de la précession articulatoire des voyelles, phénomène qui mérite quelques explications.

Bien qu’on ne le remarque guère du fait de la rapidité du mouvement articulatoire, l’articulation des voyelles est, dans la parole normale, préparée systématiquement, avant l’exécution de la consonne qui la précède. Ainsi, quand une phrase commence par le mot « Pour », la bouche normalement, s’arrondit en prévision de la voyelle [ou], avant même que les lèvres commencent à se rejoindre pour articuler le son [p]. Bien plus, si ce mot « Pour » se trouve au début d’une reprise de parole, la bouche s’arrondit en même temps que l’inspiration qui précède l’émission de ce mot, d’un même élan synchrone depuis le début de la prise d’air jusqu’à la fin de celle-ci.
Cette précession articulatoire des voyelles relève du phénomène général de la co-articulation selon lequel le geste articulatoire d’un phonème se modifie plus ou moins au contact des phonèmes voisins.
Normalement la précession articulatoire des voyelles se produit automatiquement et inconsciemment pour toutes les syllabes de chaque mot.
Dans la parole bègue son absence est fréquente en début de mot. Elle résulte en général d’une attention trop fréquemment portée à la consonne initiale des mots redoutés. Cette absence entraîne régulièrement la production de bégayages que l’on peut comprendre comme des tentatives plus ou moins efficaces pour ressouder entre elles malgré cette absence, les unités élémentaires de l’articulation de la parole que sont les phonèmes.
La relative efficacité du procédé anti-bégayages de l’ERASM (Easy Relax Approach, and Smooth Movement) proposé par Hugo Grégory bégologue américain récemment disparu, et qui consiste à étirer en douceur la transition entre les deux premiers phonème d’un mot susceptible de bloquer, tient au fait qu’il compense – par une action volontaire ! – l’absence de la précession articulatoire de la voyelle, précession qui normalement répétons-le, se met en place de façon automatique et inconsciente


Dans la tranche horizontale sous-jacente, sont notées les manifestations corporelles qui éventuellement accompagnent les bégayages : crispations, rougeur du visage, fuite ou fixité du regard, mouvements involontaires (brusques mouvements des bras ou de redressement de la tête..), halètements respiratoires (heureusement plus rares).


Partie immergée

La partie immergée de notre pyramide-iceberg, se décrit en quatre faces, avec, de la première à la quatrième, la notion d’une certaine succession chronologique dans l’apparition des troubles présentés.

Sur la face N°1, on trouve les deux distorsions primaires affectant spécifiquement l’acte de parole dans le bégaiement et qui caractérisent régulièrement son déclenchement et son développement.

* La première distorsion primaire est l’inversion du réflexe normal de décontraction au moment des bégayages.

On sait que la parole normale présente très habituellement des bégayages (ou dysfluences), qui bien que moins spectaculaires sont assurément (et quoi qu’on en dise !), de même nature que ceux de la parole bègue confirmée. Ces bégayages ont le plus souvent dans la parole normale une fonction positive en jouant un rôle important dans le déroulement de l’échange de parole : Ils donnent à l’interlocuteur des informations sur l’évolution et les aléas de la pensée et des ressentis du locuteur. Ils sont en fait (sauf exceptions), garants du caractère spontané du discours et de son authenticité expressive.
Ils sont le plus souvent suivis d’une réaction de décontraction dans les organes de la réalisation de la parole, ce qui se traduit par une baisse de l’intensité vocale, un ralentissement du débit et une atténuation de la netteté de l’articulation.
Dans la parole bègue cette réaction manque ou plus souvent s’inverse, se traduisant alors, par une évidente augmentation de la tension psychomotrice. Plutôt « psycho » ou plutôt « motrice » selon les cas.


* La seconde distorsion primaire, dont l’apparition précède sans doute la première, est la perte du caractère spécifique de la parole implicatrice. Ce dernier terme mérite lui aussi un développement

La parole est dite implicatrice lorsqu’elle est émise avec l’intention manifeste de s’imposer à l’attention de l’interlocuteur ou de l’auditoire dont elle prétend prendre l’écoute, en s’ajustant constamment aux effets qu’elle produit sur cet interlocuteur ou cet auditoire. Elle correspond à des actes tels que : appeler quelqu’un, donner un ordre, affirmer, rapporter des faits, exposer des idées, apporter des informations, interroger… Elle est émise de telle façon, (redressement du corps, regard en face, appel au souffle abdominal...), que l’interlocuteur ou l’auditoire auquel elle s’adresse, est obligatoirement amené à s’impliquer, dans ce que cette de parole dit… ne serait-ce qu’en faisant la sourde oreille ! Elle s’oppose à la parole dite d’expression simple, qui correspond à des actes tels que : faire part de ses impressions, évoquer des souvenirs, parler de la pluie et du beau temps, parler tout seul…où le bégaiement n’a le plus souvent guère de place, et à laquelle personne ne se sent obligatoirement tenu de réagir si ce n’est éventuellement, par un discret accusé de réception gestuel de la tête ou par un simple « Hm Hm ! ».
La parole implicatrice est « ancrée » dans deux domaines distincts d’où elle découle de façon plus ou moins automatique : -
- 1) Dans le domaine des choses que le locuteur souhaite dire, et qu’en linguistique on nomme le référent .
- 2) Dans celui des effets produits « en l’Autre » (interlocuteur ou auditoire) par ce que cette parole dit.
Normalement, et surtout quand quelques difficultés se présentent dans le déroulement de cet échange implicateur, la priorité absolue est donnée à ce deuxième domaine, celui des effets produits sur l’interlocuteur ou l’auditoire. Et si chez le locuteur non bègue, des difficultés plus marquées entraînent quelques bégayages, c’est précisément le fait d’orienter ainsi son esprit vers l’autre qui amène de façon réflexe à cette décontraction musculaire de l’appareil phonatoire citée plus haut à propos de la première distorsion, ainsi qu’à l’extinction es bégayages en question.
Dans la parole bègue, le sujet tend à l’inverse, à se couper de l’interlocuteur, et à orienter son activité mentale vers le contenu de son discours ou plus fâcheusement encore vers le choix des mots et le détail d’exécution de sa parole. En situation d’implication réciproque, cette mise à distance de « l’autre » est tout à fait incompatible avec un déroulement satisfaisant de l’échange.

Dans des vers célèbres de son « Art poétique » Boileau affirme que:
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément » !!
Rien n’est moins sûr !

Dans le même ordre d’idée, Simone Borel-Maisonny fondatrice de l’orthophonie en France pensait avec Edouard Pichon psychanalyste, que le bégaiement était en rapport avec une insuffisance lingui-spéculative, c'est-à-dire avec une difficulté particulière à traduire la pensée en mot et à la couler spontanément et sans effort dans le moule linguistique.
Il semble bien qu’il faille abandonner plus ou moins cette hypothèse, pour reconnaître que la difficulté pour la personne bègue siège non pas tellement entre sa pensée et sa parole, mais par-dessus tout dans sa relation à l’autre lors de la parole implicatrice.


Sur la face N°2 sont notées quatre distorsions secondaires de l’acte de parole. Leur présence éventuelle est à comprendre comme résultant de tentatives pour parler quand même malgré une parole implicatrice ancrée de façon erronée.

* La première est la perte du comportement tranquillisateur (ou dépétrificateur).

Le comportement tranquillisateur observé régulièrement dans la parole normale consiste pour le locuteur à envoyer machinalement et inconsciemment un signal gestuel (petits moulinets de la main par exemple), mimique (froncement de sourcils…), ou même verbal (Pardon ! Excusez moi !..), au moment des éventuels bégayages de sa parole, ce qui a pour effet paradoxal de les effacer en quelque sorte, en les soustrayant à l’attention et à la préoccupation de l’interlocuteur
L’absence très fréquente chez la personne bègue de ces signaux, a curieusement pour effet de mettre en évidence et au premier plan les bégayages en question, en provoquant chez l’interlocuteur une sorte de désarroi qui dénature gravement la situation d’échange. Le caractère de « non dit » que prennent dès lors les bégayages ont en général un effet paralysant sur l’interlocuteur qui, comme bizarrement pétrifié, s’interroge anxieusement sur la conduite à tenir.


* La seconde est la perte de l’accès à l’interaction langagière normale au moment des bégayages qui se manifeste en particulier par le refus des mots de l’autre, ce que l’on peut interpréter comme une perte de l’acceptation de l’aide.

Si dans la parole normale en situation implicatrice, un mot manque au locuteur, ce qui provoque un blanc dans son discours, l’interlocuteur qui croit avoir deviné ce mot, a naturellement tendance à le proposer. Si cette proposition est faite avec tact et discrétion elle est en général acceptée sans difficulté, et de façon le plus souvent machinale et peu consciente par le locuteur. De même si le locuteur se trompe de mot, ou de formulation, l’interlocuteur a normalement tendance à rectifier, et là encore, si cette rectification est faite avec tact et discrétion – la bonne formule ou le bon mot étant dits comme pour soi – cette rectification est en général bien acceptée. Avec reconnaissance même parfois, dans le cadre d’une interaction langagière conviviale, qui contribue grandement au bon déroulement de l’échange.
De nombreuses personnes bègues adultes (une sur deux en France environ) refusent violemment ces propositions salvatrices ou correctives, propositions vécues par elles comme une aide humiliante et stigmatisante. Beaucoup de personnes bègues souhaitent en effet par dessus tout, se prouver à elles mêmes et montrer aux autres qu’avec du courage et de la volonté, elles sont capables malgré leur bégaiement, de s’exprimer de façon autonome, ce que l’on peut à la fois comprendre et regretter.


* Altération de l’écoute et perte de l’auto-écoute
La construction de l’OREV (Objet Référentiel de l’Echange Verbal), qui préside à tout échange de parole implicatrice efficace, nécessite pour chacun des participants de se laisser pénétrer par la parole de l’autre et de prendre en compte les effets produits en soi par cette parole. Beaucoup de personnes bègues ont plus de mal que toute autre personne, à recevoir de cette façon la parole d’autrui, dans une attitude constructive

L’O.R.E.V. (Objet Référentiel de l’Echange Verbal), décrit par Sylvie Le Huche à l’occasion du Premier Congrès International sur le Bégaiement, à Saulx les Chartreux en Août 1991, est un objet immatériel et symbolique, qui se construit entre les interlocuteurs (qu’il y en ait seulement deux ou un plus grand nombre) au cours d’un échange verbal concernant tel ou tel sujet qui les intéresse et où ils se trouvent personnellement impliqués.
Il n’est pas l’objet mental de l’un ou l’autre des participants à l’échange mais un objet tiers qui est le lieu de leur interaction.
Il est fait de tout ce qui a été dit depuis le début de l’échange, et il continue de s’élaborer et d’évoluer à partir des ajustements de pensée et des projections affectives qui s’expriment à travers la parole de chacun.
Il s’installe dans l’espace qui sépare les participants à l’échange, en les rassemblant autour de cet espace où il se construit.
Il est coloré par le climat affectif qui règne entre les participants : sympathique ou hostile, amical ou solennel, intime ou distant…
Commun à tous, il est différent pour chacun ; conformément à chaque point de vue particulier.
Il présente un certain caractère de permanence: A partir de cet O.R.E.V. se construit le souvenir de l’échange.
Enfin et surtout, lorsque de sa place et de son point de vue l’un des participants prend ou reprend la parole, il le fait en référence à cet O.R.E.V. tout en continuant à le construire. Si ce n’est pas le cas, ce qui il dit paraît hors de propos et risque d’entraîner une réplique telle que : « Je ne vois pas le rapport ! ». Le rapport à quoi, au fait ? Le rapport à l’O.R.E.V. justement !

La construction d’un Objet Référentiel de l’Echange Verbal permet de considérer cet échange non plus comme un lancer de balles que l’on se renverrait à tour de rôle, mais comme une création partenariale, « discours à plusieurs » où chacun s’implique conjointement. La question de savoir qui a tort ou qui a raison n’occupe plus dès lors le devant de la scène.


Dans un autre ordre d’idées, certaines personnes bègues (une sur cinq environ) sont dans l’impossibilité de réentendre mentalement le dernier membre de phrase qu’elles viennent de prononcer. Ces personnes sont en général peu conscientes de l’importance de leur bégaiement… et très surprises à l’écoute d’un éventuel enregistrement !

* Altération de l’expressivité
La libre expression des sentiments fait courir aux personnes bègues un danger d’accroissement des bégayages d’où un fréquent comportement répressif en ce qui concerne la vie émotionnelle lors de la prise de parole, ce qui altère l’expressivité de celle-ci.

La face N°3 concerne les ressentis et les croyances engendrées par le bégaiement. La peur de bégayer et la honte sont les ressentis les plus fréquents qui viennent renforcer l’importance du bégaiement. Largement méconnues sont la souffrance et la dévalorisation de soi des personnes bègues engendrant on peut le comprendre, dépit colère et même (plus rarement) découragement.
Quand aux idées irrationnelles voici quelques exemples :
Une parole parfaite est la seule qui soit acceptable
Le bégaiement est une chose honteuse.
Personne ne peut m’aider à vaincre mon bégaiement
Les dysfluences de la parole normale n’ont rien à voir avec les bégayages de la parole bègue.

La face N°4 concerne les conduites réactionnelles handicapantes créées par le bégaiement
Les évitements viennent en première ligne : Éviter de prendre la parole par peur de bégayer. Attitude de repli. Recherche constante de mots susceptibles de remplacer un mot qui pourrait bloquer
Plus rarement agressivité volontarisme ou déni.


Strate des facteurs

Bien que cette pyramide prétende ne faire mention que de faits avérés concernant le bégaiement tel qu’il peut se présenter à tel ou tel instant il est impossible de ne pas au moins évoquer les trois ordres de facteurs qui participent à son apparition et à son développement, et qui font toujours actuellement l’objet de recherches scientifiques.

* Facteurs favorisants
Il s’agit d’une part des facteurs prédisposants qui relèvent de la structure génétique et psychologique de la personne et d’autre part des facteurs concernant l’environnement du sujet depuis sa naissance.
* Facteurs déclenchants (ou précipitants)
Il s’agit d’événements traumatisants qui ont précipité le sujet dans la lutte contre les bégayages
* Facteurs pérennisants ou chronicisants qui ont entretenu cette lutte générant les diverses distorsions caractéristiques du bégaiement confirmé.


Base immergée de l’iceberg

Lésions de la relation d’altérité : Quatre risques de fracture dans l’acte de parole, colmatés par le bégaiement
(En cours de rédaction)
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Alexandre
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar disconnexion29 » 18 Mai 2011 à 16:26

Merci Alexandre et merci au Dr de nous en faire part.
J'ai pas fini de lire, mais une remarque déjà : je n'avais même pas remarqué que la partie violette était la partie émergé de l'iceberg :(
"Le bégaiement à présent chevauche clairement le domaine de la médecine." Dr Dennis Drayna, février 2010
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Re: La Pyramide du Dr le Huche (version provisoire)

Messagepar Xavier » 5 Juin 2011 à 16:03

Je n'avais pas vu ce sujet-là.
Je vais me lancer, avec retard, dans un commentaire critique et très subjectif (j'ai dit en 2006 l'aversion que j'ai de cette théorie depuis qu'une thérapeute logorrhéique m'avait dit en boucle pendant 15 séances qu'elle [cette théorie] certifiait que je n'étais pas conscient de mon bégaiement).

La "théorie du Dr Le Huche" a un statut variable selon le lieu ou on en parle. J'en ai parlé une fois sur un forum anglophone et quelqu'un a vu cela comme "une méthode Coué (self persuasion) pour les thérapeutes". Pas mal vu.
Mais maintenant, c'est bien d'avoir une explication un peu détaillée de F.Le Huche. Au moins on peut en parler.

Commençons par les problèmes de forme:
-comme dit Olivier, on ne sait pas qui est le destinataire. Description négative, avec peu d'empathie. Peut causer des confusions chez les personnes tierces (renforcer les préjugés), mais aussi les thérapeutes (supériorité?) et les bègues eux-mêmes (dévalorisation, confusions).
-on a un vocabulaire assez spécifique, qui se veut scientifique (ou pas?). Peut-être mettre cela dans un français plus courant permettrait de mieux mettre en lumière les concepts?
-citation de S.Le Huche (par son mari) sympathique et peut-être émouvante mais pas déontologique. Surtout quand le concept décrit ("O.R.E.V") présente des choses connues depuis l'Antiquité, et que le rapport au bégaiement y est à prouver (j'y reviens).
-aspect visuel sympa, mais qu'il vaudrait mieux utiliser sur des concepts non ambigus.
-présentation valorisante d'idées banales. "Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant?". Justement, n'introduit-on pas des confusions?


Sur le fond:
-l'"iceberg du bégaiement" est une banalité et contient plus de dimensions que ce qui est décrit par F.Le Huche (dévalorisation, difficultés d'intégration sociale, sentiment de perte, acceptation ou pas, défiance par rapport au traitement inadéquat). Notons qu'il y a des "icebergs" a peu près pour toutes les minorités visibles ou non.
-Le Huche pointe des mauvaises habitudes (inversions) à la fois physiques et psychologiques chez les personnes bègues. Il a raison, mais en faire la cause du bégaiement est sinon une faute de logique, du moins un raccourci hatif. Il faut lutter contre ces "mauvaises habitudes", mais à partir d'une base saine.
-justement, Le Huche convient qu'il y a des "bégayages (ou dysfluences)" antérieures au bégaiement et (j'espère qu'il en convient) inégales entre les individus. Pas de réflexion sur l'origine de ces bégayages et de leurs inégalités (mais la neurologie a répondu). Il stipule toute un série de réflexes positifs chez la personne non-bègue ("réaction de décontraction", etc). Pas d'étude sérieuse de ces réactions (physiques?, contrôlées mentalement?, regard sur soi?). Il ne vient pas à son idée qu'on est chez les personnes bègues dans un cas de bégayage (au sens de la perturbation neurologique) où le niveau ne permet plus de manière acceptable cette "baisse de l’intensité vocale, un ralentissement du débit et une atténuation de la netteté de l’articulation."

-on arrive à un point critique d'"inversion". La personne bègue consciente de son bégaiement -ou du regard d'autrui dessus- va essayer de "forcer". (ce qui introduit de multiples cercles vicieux connus, je ne détaille pas) . D'accord pour mettre en lumière cette inversion (quoique évidente!), mais que propose t-on à la place? On est a peu près dans la situation du Médecin de Molière qui irait faire le tour des boiteux de la ville en disant: "attention, vous boitez, ce n'est pas bien", "et en plus vous êtes aggressif, ou en déni", "vous ne vous en apercevez pas?" et "attention, vous faites du volontarisme". Même Molière n'a pas osé.

-Le Huche donne un rôle central dans le bégaiement à la "relation à l’autre lors de la parole implicatrice".
Ce concept de "parole implicatrice" nécessite d'être clarifié. Est-ce un concept accepté par quelques personnes? des linguistes? des sociologues? des spécialistes d'Analyse Transactionnelle? S'il s'agit d'instaurer un pouvoir sur les autres, est-ce accepté démocratiquement? dans d'autres cultures? A t-on le droit d'envisager la parole sans prise de pouvoir? a t-on le droit de penser à autre chose que ce que dont on parle? (d'ailleurs les logothérapeutes ne font-ils pas une déformation professionnelle, en donnant au langage un rôle de pouvoir qu'il ne doit pas avoir, du moins principalement?)
S'il ne s'agit que du fait que les bègues, concentrés sur leur effort de parole, vont moins tenir compte de l'effet produit, ou du fait que la position d'infériorité dans laquelle le bégaiement les placent, physiquement mais aussi du fait des préjugés existants, va permettre moins de "contrôle", on est dans la banalité. Le fait que la même situation entre les 2 mêmes personnes produit souvent des effets différents en fonction de paramètres non liés à l'OREV (jour, heure) montre que donner un rôle central est grandement erroné.

-enfin Le Huche résume le bégaiement comme un "effort pour parler quand même". C'est donc une conséquence d'une cause non décrite. Et cela donne à croire que la seule alternative serait de se taire. "Le meilleur des mondes"? (cf A.Huxley)

On arrive, à mon avis, à une image assez noire d'une certaine partie du monde médical (français) par rapport au bégaiement: refus de recherche sur des causes initiales, introduction de concepts d'"implication" résumant le langage à une relation de pouvoir dans lequel la personne bègue est forcément dévalorisée, description -minitieuse et un peu sadique- des travers sans alternatives, conseil implicite de se taire.


Il faudrait mieux travailler à diminuer les préjugés dont sont victimes les personnes bègues, ce qui aiderait déjà à normaliser "l'interaction implicatrice". "Le discours du roi" a peut-être fait plus pour cela que 30 ans d'actions des thérapeutes. Encore que l'une des dernières scènes, celle du conflit avec l'archevèque avant le couronnement, montre que les rapports de pouvoir peuvent être plus facile avec un titre de roi.

Point très important: les techniques alternatives. Peut-on prolonger "les réflexes positifs" (à valider) pour les personnes dont les "bégayages" (normaux??) sont supérieurs à la moyenne? N'aboutit-on pas à quelque chose de bredouillant ou incompréhensible? Si on a réglé ce point, on peut ensuite régler le pb du regard sur soi, et celui d'autrui.
Probablement, une technique de mise au point serait de mettre les thérapeutes anciens ou débutants, en état de "bégayages" anormaux ou de dysfluence anormale(*). Et voir, la manière dont ils arriveraient à appliquer, naturellement ou pas, les "réflexes de décontraction" dont ils sont les experts. Et les adaptations nécessaires. (au moins, cela augmenterait l'empathie vraie des thérapeutes)


(*) (si on n'a pas le produit qui met en dysfluence, on peut provoquer un essoufflement comme discuté avec Olivier dans un autre topic. Et voir comment thérapeutes et personnes bègues réagiraient)

----
Voilà. Même si j'ai en l'occurrence une provision de sucre à casser, j'insiste sur le fait que mes remarques se veulent constructives.
Xavier
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