Je rejoins Cassandre qui détaille les raisons pour lesquelles on pourrait leur en vouloir.
1. Sommes-nous bègues "à cause" d'eux ?, ce qui induit 2 sous-questions :
- Nous auraient-ils transmis les gènes du bégaiement ?
La composante génétique du bégaiement n'est absolument pas prouvée. Il existe quelques rares "familles de bègues" (père, oncle, frère...), mais c'est insuffisant à mon sens pour le prouver, le mimétisme ayant aussi son rôle à jouer. Et si c'était le cas, on ne va quand même pas leur en vouloir pour ça ! Ils auraient quand même eu du mal à éviter que l'allèle "bégaiement", s'il existe, ne se retrouve dans nos chromosomes !

- Leur comportement pendant notre enfance a-t-il contribué à l'apparition du bégaiement ?
Personnellement ce n'est pas mon cas. Jamais je n'ai tenu mes parents responsables de mon bégaiement. J'imagine qu'un bègue ayant eu des "mauvais" parents (non aimants, méchants, méprisants, ...) aura tendance à leur mettre son bégaiement sur le dos, ce qui évidemment se comprend. Dans ce cas, même si on ne peut pas savoir si c'est la cause directe d'apparition du bégaiement (cf. les nombreuses discussions à ce sujet), il est évident que l'enfant n'aura pas grandi dans un climat psychologique serein et que ça n'aura pas contribué à arranger les choses. Il pourra alors leur en vouloir, au même titre qu'un autre enfant "non aimé" qui n'aurait pas développé de bégaiement mais qui aurait souffert aussi et manifesté cette souffrance différemment.
2. Constatant que nous étions bègues, ont-ils fait ce qu'il fallait pour nous aider ?
Mon point de vue sur la question, c'est qu'il est très difficile pour un non-bègue (et ça vaut pour nos parents comme pour les autres) de se rendre compte de la souffrance ressentie par un bègue si celui-ci ne l'exprime pas clairement. Le mieux est que j'explique ça à partir de ma propre expérience. J'ai commencé à bégayer vers 7 ou 8 ans, et très vite j'ai utilisé les artifices "classiques" de dissimulation dont usent la plupart des bègues pour éviter les blocages visibles : emploi de synonymes et de périphrases, absence de prise de parole, etc etc. Du coup, mes blocages visibles n'étaient pas "très" fréquents, et c'étaient les seuls dont les non-bègues, mes parents y compris, se rendaient compte. Pourtant je souffrais autant d'un blocage non visible que d'un blocage visible. Pour eux, je ne bloquais que "parfois", pas assez souvent en tout cas pour qu'ils s'imaginent l'enfer que ça pouvait être. Il ne tenait qu'à moi de leur exprimer cette souffrance et son ampleur, je ne l'ai pas fait. Je ne peux donc évidemment pas leur en vouloir ! Ils ne m'ont emmené consulter une orthophoniste que vers 14 ans, qui elle-même, m'ayant fait un lire un texte qui est passé sans aucun blocage, m'a dit que je n'étais pas bègue, "juste un peu stressé". Mais je raconte ça dans une autre discussion. Donc, non, je ne leur reproche pas de ne pas avoir "mis le paquet" thérapeutique pour que je parvienne à m'en sortir.
Pour résumer, non, je ne leur en veux ABSOLUMENT pas, et suis totalement serein par rapport à ça (et eux aussi j'espère ! :happy:).