
On se pose toujours la question de savoir si l'on doit continuer à lutter contre son bégaiement. Le danger de ne faire qu'empirer les choses, de générer soi-même son bégaiement en voulant justement l'abolir, nous fait peur.
Ceux qui me connaissent savent que je propose sur mon blog des outils et une méthode pour les utiliser afin de combattre son bégaiement de la manière la plus intelligente possible. J'aimerais, ici, proposer une autre voie, qui fait toujours partie de la même même trajectoire mais qui prétendrait à s'affranchir de toute contraintes.
Il s'agit d'explorer la piste du "bégaiement volontaire". Son efficacité théorique a été démontrée à merveille (le paradoxe comme solution à un problème paradoxal) dans les travaux de P.Watzlawick en constructivisme. Dans la pratique, on le retrouve partout, notamment dans le riche "Conseils pour ceux qui bégaient" disponible sur le blog de Laurent.
Seulement, voilà : qui a envie de bégayer devant ses collègues ou ses amis ? Personne, ou en tout cas, pas longtemps. C'est normal.
Pour mettre en place ce que j'appelerai un "bégaiement intelligent", c'est à dire qui soit utile au lieu d'être une contrainte, il faut donc :
1) qu'il soit très léger (bégayer peu)
2) qu'il soit agréable à écouter (pour ne pas faire fuir ceux qui nous écoutent)
3) qu'il nous permette de maîtriser notre voix quand on l'utilise.
La solution serait donc de construire un beau bégaiement. Apprendre à "bien" bégayer pour désapprendre à bégayer
Cela peut, en outre, être une excellente technique pour contrôler sa voix (si j'ai bien compris, ce serait un moyen d'utiliser l'hémisphère droit) sans plus d'efforts que cela.
C'est donc de la même veine que mon principe d'imitation (Emily Blunt dit avoir arrêté de bégayer quand elle a pris volontairement un accent), tout en résolvant ses nombreuses difficultés, puisqu'au lieu de tout faire pour l'éviter, on y a intégré le bégaiement.
Il s'agit d'apprendre à jouer avec sa voix, de se l'approprier. Il s'agit de s'approprier soi-même (son corps, sa voix)... On apprend à être maître de soi, sans s'infliger de contraintes, travaillant non dans la souffrance mais dans le plaisir.
Voici ce que je propose, pour ceux que cela intéresse :
Etape 1 : je me procure un petit carnet, je marque la date. Tous les soirs avant de me coucher (ou à un autre moment dans la journée), je dois marquer où j'en suis dans mon bégaiement (cela ne prend vraiment pas beaucoup de temps). Je dois être capable de tirer des conclusions, de prendre des mesures pour l'avenir, de me coacher. C'est mon carnet de bord.
Etape 2 : tous les jours, je m'exerce tout seul à travailler ma voix, en intégrant un pseudo-bégaiement (5 minutes minimum par jour). Je prend n'importe quel texte, je le lis à haute voix en cherchant à me construire une façon de parler qui respecte les trois points vus ci-dessus (léger bégaiement, agréable à écouter, qui me permette de contrôler ma voix sans difficulté).
Au début, on ne saura pas trop où on va. Mais au fil des jours, cela s'éclaircira et on finira par trouver "un" style qui nous convient de la meilleure façon possible. A terme, on parlera comme d'habitude, mais en bégayant moins, et surtout, en bégayant mieux
J'insiste sur le fait qu'il faut rendre beau son bégaiement (peut-être y'a t-il des exemples au cinéma de personnes qui ne parlent pas de manière fluide, mais qui ont pourtant une belle voix et une expression claire).Etape 3 : penser à utiliser cette "voix" le plus souvent possible dans la vie de tous les jours. Si ce "bégaiement volontaire" n'est pas contraignant (peut-être même sera-t-il à peine perceptible pour les autres - tant mieux), on a tout intérêt à le faire, surtout si cela nous aide à "bien" parler.
On doit donc chercher comment bégayer de la meilleure manière possible, et de telle sorte que cela ne représente absolument aucune contrainte, bien au contraire. On s'exerce 5 minutes (ou plus) tous les jours expréssement pour cela, on tente et expérimente en permanence, et on avance dans l'aventure de sa propre voix.
On se prend en main méthodiquement (en tenant un carnet) pour bégayer et combattre son bégaiement toujours plus intelligemment.
NB : ne pas mal interpréter mes propos. Il ne s'agit pas de faire semblant de bégayer en permanence (ce serait invivable), ou de prendre un style de voix ridicule qui sonnerait faux : il s'agit d'apprendre à maîtriser sa propre voix doucement et petit à petit, en incluant le bégaiement (d'où la grande différence avec l'imitation), bégaiement qui, je le rappelle, doit à présent être "beau".
Principe du funambule : pour qu'il y ait ordre (équilibre), il faut qu'il y ait désordre (mouvements désordonnées de la perche du funambule - mais c'est pareil avec le guidon d'un vélo). Du désordre dans l'ordre et de l'ordre dans le désordre.
C'est à expérimenter, réfléchir, débattre, améliorer, etc.
Patrick
